Au-delà du TSPT : 4 révélations surprenantes sur la science du traumatisme

Jan 27 / Marie-Agnès Thulliez

Quand on pense au trouble de stress post-traumatique (TSPT), on imagine souvent des flashbacks et une hypervigilance. Mais que se passerait-il si cette vision était incomplète ? La compréhension scientifique du traumatisme a considérablement évolué, notamment avec les nouvelles directives de l'Organisation Mondiale de la Santé (la CIM-11), révélant des distinctions qui changent notre perception. Cet article explore les quatre points les plus importants et surprenants que nous enseigne le Questionnaire International sur le Trauma (ITQ), un outil d'évaluation moderne qui redéfinit les contours de la souffrance post-traumatique.

1. Il existe plus d'un type de TSPT : découvrez le TSPT Complexe

En plus du TSPT que l'on pourrait qualifier de "classique", les experts reconnaissent désormais une seconde entité : le "TSPT Complexe" (TSPT-C). Le diagnostic de TSPT-C est posé lorsqu'une personne remplit les critères symptomatiques du TSPT (reviviscence, évitement, sentiment de menace) et présente en plus des difficultés persistantes et profondes dans sa manière de se percevoir et de fonctionner. Ces difficultés additionnelles sont regroupées sous le terme de "Perturbations de l'Auto-Organisation" (PAO), ou Disturbances in Self-Organization (DSO) en anglais. L'ITQ a été spécifiquement conçu pour évaluer ces deux diagnostics distincts, conformément aux nouvelles classifications de l'OMS.

2. C'est l'un ou l'autre, mais pas les deux

Voici une règle de diagnostic qui peut surprendre : une personne ne peut pas recevoir un diagnostic de TSPT et de TSPT-C en même temps. Le choix est exclusif. Cette hiérarchie est fondamentale pour comprendre la nouvelle approche du traumatisme.Si une personne remplit les critères du TSPT-C, cette personne ne reçoit pas également un diagnostic de TSPT.

Cette règle est importante car elle positionne le TSPT-C comme un diagnostic plus global. Il ne s'agit pas d'une simple addition de symptômes, mais d'un tableau clinique qui englobe les manifestations du TSPT et y ajoute une dimension supplémentaire de perturbations profondes touchant à l'identité et aux relations.

3. Ressentir des symptômes ne suffit pas ; c'est leur impact sur votre vie qui compte

Pour qu'un diagnostic de TSPT ou de TSPT-C soit posé, il ne suffit pas de cocher des cases sur une liste de symptômes. La personne doit également présenter une "altération fonctionnelle" significative, c'est-à-dire que les symptômes doivent causer des problèmes concrets dans sa vie. C'est ici que se trouve l'une des distinctions les plus révélatrices :

• Pour un diagnostic de TSPT, la personne doit montrer que ses symptômes (reviviscence, évitement, etc.) perturbent au moins un domaine de sa vie.
• Pour un diagnostic de TSPT-C, l'exigence est double. La personne doit prouver qu'il y a deux types d'altération distincts : l'un causé par les symptômes du TSPT, ET l'autre causé spécifiquement par les Perturbations de l'Auto-Organisation (PAO).Cette règle souligne pourquoi le TSPT-C est "complexe" : il ne s'agit pas seulement d'avoir plus de symptômes, mais de démontrer que ces symptômes supplémentaires créent leur propre couche de difficultés, distincte et significative.

L'ITQ mesure cet impact dans plusieurs domaines clés :• Les relations ou la vie sociale• Le travail ou la capacité à travailler• Toute autre partie importante de la vie (comme la parentalité, les études, etc.)

4. La partie "Complexe" touche au cœur de qui vous êtes

Qu'est-ce qui rend le TSPT-C "complexe" ? Ce ne sont pas les symptômes liés à l'événement traumatique lui-même, mais les "Perturbations de l'Auto-Organisation" (PAO). Ces dernières touchent à la manière dont une personne se perçoit, gère ses émotions et interagit avec le monde.

L'ITQ les regroupe en trois catégories distinctes:
1. Dérégulation affective : La difficulté à gérer ses émotions. Par exemple, ressentir que "Quand je suis contrarié(e), il me faut beaucoup de temps pour me calmer."
2. Concept de soi négatif : Avoir une image de soi profondément négative et persistante, se manifestant par des pensées comme "Je me sens comme un échec" ou "Je me sens sans valeur."
3. Perturbations dans les relations : La difficulté à se sentir proche des autres et à maintenir des liens affectifs, comme le sentiment d'être "distant(e) ou coupé(e) des gens."

Conclusion

La science du traumatisme est devenue plus nuancée, reconnaissant que ses effets peuvent s'étendre bien au-delà des symptômes classiques de reviviscence et d'évitement. Elle nous montre que le trauma peut altérer en profondeur notre rapport à nous-mêmes et aux autres. En comprenant mieux ces distinctions, comment pouvons-nous collectivement améliorer notre approche pour soutenir ceux qui vivent avec les conséquences profondes d'un traumatisme ?

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