5 Révélations surprenantes de la psychologie sur les ruptures amoureuses complexes

Dec 22 / Marie-Agnès Thulliez
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En tant que psychothérapeute spécialisé dans le trauma, je peux affirmer que peu d'expériences humaines déstabilisent aussi profondément notre système nerveux qu'une rupture amoureuse complexe. Ce n'est pas une simple impression : selon l'inventaire des événements de vie stressants de Holmes et Rahe, le divorce et la séparation se classent parmi les trois événements les plus éprouvants, juste après le décès d'un conjoint.

Mais que se passe-t-il lorsque cette douleur persiste, que l'on se sent "bloqué" des mois, voire des années après ? Ce n'est pas un signe de faiblesse. C'est souvent le résultat de mécanismes psychologiques profonds et méconnus qui entravent le processus de deuil naturel.

Cet article va explorer cinq de ces raisons surprenantes, basées sur des recherches en psychothérapie et notamment l'approche EMDR, pour éclairer pourquoi il est parfois si difficile de tourner la page.

1. Votre cerveau est peut-être littéralement "bloqué", pas seulement votre cœur.

La théorie qui sous-tend la thérapie EMDR postule que notre cerveau possède un "système de traitement de l'information" naturel. On peut se le représenter comme un système digestif pour nos expériences : la plupart sont métabolisées et nous nourrissent pour grandir. Cependant, lorsqu'une rupture est particulièrement traumatisante ou réveille d'anciennes blessures, elle peut agir comme une pierre indigeste. Le système est submergé et se "bloque".

Les informations liées à l'événement (images, émotions, sensations, pensées) restent alors figées dans le système nerveux, non digérées, empêchant le processus de deuil de se dérouler. Le sentiment d'être "coincé", de revivre sans cesse les mêmes scènes, n'est donc pas une question de volonté, mais un véritable problème de traitement de l'information qui peut nécessiter une intervention psychologique ciblée pour aider à "casser" et intégrer l'expérience.

2. Idéaliser son ex peut être un mécanisme de survie appris dans l'enfance.

Se souvenir uniquement des "bons moments" et oublier systématiquement les aspects négatifs d'une relation n'est pas toujours le signe d'un optimisme à toute épreuve. Il s'agit souvent d'un puissant mécanisme de défense appelé "idéalisation". Ce mécanisme est fréquemment appris inconsciemment pendant l'enfance pour survivre à une relation avec des parents ou figures d'attachement qui n'étaient pas "suffisamment bons". Pour un enfant dépendant de ses parents, reconnaître la réalité d'un environnement négligent ou abusif est insupportable. Idéaliser devient une stratégie pour tolérer l'intolérable.

...le plus important est la défense de l'idéalisation – un mécanisme de protection psychologique et de survie que l'on trouve habituellement chez les individus qui ont grandi dans des familles dont les soignants n'étaient pas suffisamment bons. Cette défense est automatiquement apprise pendant l'enfance pour tolérer l'intolérable car s'échapper ou fuir ne sont pas des options réalistes.

Ce mécanisme, autrefois essentiel à votre survie psychique, devient une prison dans la vie adulte. Il se réactive automatiquement, vous forçant à protéger l'image de votre partenaire au détriment de votre propre sécurité et bien-être. L'idéalisation bloque l'accès à une vision réaliste de la relation, complique énormément le deuil et vous empêche de prendre des décisions saines, surtout dans un contexte d'abus.

3. Le sentiment d'être "accro" à son ex-partenaire est une expérience neurologique réelle.

Ressentir une urgence irrésistible de recontacter son ex, même en sachant la relation toxique, peut être une expérience déroutante et culpabilisante. Pourtant, il ne s'agit pas d'une faiblesse. Les sensations décrites sont très similaires à celles d'une addiction. Du point de vue de la thérapie EMDR, nous considérons qu'une addiction est "stockée dans le système nerveux" ; une simple décision rationnelle ("je ne dois plus l'appeler") est donc souvent insuffisante pour la surmonter.

Ce sentiment d'addiction subjective est particulièrement fréquent dans plusieurs cas :• Les personnes en phase de "coup de foudre", qui correspond à l'une des impulsions les plus puissantes pour l'être humain.

• Celles qui sont engagées dans des relations de codépendance.
• Les victimes de partenaires aux traits psychopathiques, qui peuvent exercer une emprise puissante via une séduction intense lors de la phase initiale de la relation.
• Les personnes qui ressentent une addiction à l'intimité physique avec leur partenaire.Cette sensation d'addiction n'est pas une condamnation. Des approches thérapeutiques ciblées permettent de "recalibrer" le système nerveux, d'apaiser cette urgence et de vous rendre le véritable contrôle de vos choix.

4. La culpabilité peut être une stratégie paradoxale pour garder le contrôle.

Je sais combien cette idée peut sembler choquante, mais dans certains cas, la culpabilité n'est pas ce qu'elle paraît. S'il est normal de ressentir une part de regret, il existe une "culpabilité inadaptée" qui maintient prisonnier du passé. Pour certaines victimes d'abus, s'accrocher à cette culpabilité (même si elle est déplacée) peut être "la dernière ressource disponible pour maintenir un sentiment de contrôle sur les expériences terribles qu'elles ont vécues".

En d'autres termes, il est psychologiquement moins terrifiant de se sentir coupable ("si seulement j'avais fait les choses différemment...") que de se sentir complètement impuissant face à la malveillance de l'autre. Les agresseurs renforcent d'ailleurs souvent ce mécanisme en manipulant leurs victimes (gaslighting) pour leur faire croire qu'elles sont responsables de la situation, les maintenant dans la confusion et la soumission.

5. Pour guérir, il faut parfois commencer par le présent, et non par le passé.

De nombreuses thérapies explorent d'abord le passé et l'enfance pour comprendre les difficultés actuelles. Bien que fondamentale, cette démarche n'est pas toujours la plus efficace au début d'un suivi pour une rupture complexe. Une procédure spécialisée comme la BUAP (Break-Up Aid Procedure), qui adapte le protocole EMDR, propose de commencer par "le présent et le passé le plus récent".

La logique est simple : lorsque vous êtes submergé par l'activation émotionnelle de la rupture (anxiété, insomnie, pensées obsessionnelles), votre capacité à travailler sur des souvenirs profonds est limitée. La priorité est donc d'éteindre "l'incendie du présent" pour vous stabiliser et vous redonner des ressources. Une fois la détresse actuelle maîtrisée, il devient possible et plus sécurisant d'aller explorer les expériences passées qui sont à l'origine de votre vulnérabilité actuelle.

Conclusion

Ce que nous observons en thérapie, c'est que surmonter une rupture complexe n'est pas une simple question de temps ou de volonté. Cela implique de démêler des schémas psychologiques profonds, des mécanismes de survie appris il y a longtemps et des blocages neurobiologiques réels. Comprendre ces mécanismes est le premier pas pour se libérer de leur emprise.

La crise que représente une telle rupture, aussi dévastatrice soit-elle, peut ainsi devenir un "point de départ pour améliorer la capacité du patient à établir et maintenir des relations positives et fonctionnelles à l'avenir".

La question que je vous invite à vous poser n'est donc pas "quand vais-je m'en remettre ?", mais plutôt : "Et si cette douleur insupportable était en réalité une invitation ? L'invitation à démanteler des schémas anciens pour, enfin, construire des relations où vous pourrez être pleinement vous-même."




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